Petit Point: Une élection Hors du Commun

Après d’intenses mois de campagne pour Hillary Clinton et Donald Trump, une petite mise au point s’impose. Entre débats politiques qui tournent en insultes, acharnement des médias, et polarisation des partis Républicain et Démocrate, on n’y voit plus trop clair dans cette course à la Maison Blanche.

Hanover College, jeudi 20 octobre 2016. Edward Carmines, professeur à l’université d’Indiana (Indiana University) accompagné de Richard Waterman, professeur à l’université du Kentucky (Kentucky University), proposent une conférence sur « l’élection dont nous nous rappellerons toute notre vie. ». A moins de trois semaines de l’annonce du nouveau président le 8 novembre, voici un petit point sur les implications politiques et culturelles que nous offre cette élection hors du commun.

Une campagne sans idées politiques

« Combien d’entre vous ont une impression positive de cette campagne présidentielle ? » Personne ne se manifesta ; sans surprise, d’après le professeur Waterman.

Cette impression si négative de l’élection se dégage de la façon dont les réseaux sociaux transforment les campagnes politiques. Par exemple sur Twitter, réseau très utilisé par les politiciens, les citoyens peuvent exprimer leur opinion publiquement. Ce qui se faisait en privé auparavant, comme donner son opinion, se révèle désormais publique. Ce déchaînement de critiques publiques sur les faits et gestes des politiciens ne contribue pas à l’éducation politique des américains, parce qu’elle réduit les candidats à de simples figures divertissantes, alors qu’ils campagnent pour être élus à la tête d’un pays. Par conséquent, d’après le professeur Waterman, les citoyens doivent réclamer une information plus impartiale, et basée sur les idées mêmes des politiciens.

Le professeur continue dans cette direction et explique que nous ne connaissons pas clairement les positions politiques de Clinton et Trump sur certaines questions comme la sécurité sociale. Les propos odieux de Monsieur Trump sur les femmes, sont bien plus divertissants que « parler sécu. » En clair, les politiciens, et surtout monsieur Trump, ont compris que pour être sous les projecteurs, il faut divertir. S’ajoute à cela la personnalité atypique de Donald Trump : contrairement à madame Clinton, candidate conventionnelle, les médias se retrouvent dans l’incapacité couvrir la campagne politique de Trump, et le présentent comme une simple figure publique et influente, au lieu d’un candidat à la présidence des Etats-Unis.

 

Donald Trump, lors d'un meeting à Charleston (West Virginia), May 2016. Source: Getty Images

Crise existentielle pour le parti Républicain, grand compromis pour le parti Démocrate

Les professeurs expriment leur préoccupation sur l’avenir des partis Républicain et Démocrate. En effet, quel que soit le résultat des élections, il semble que le parti Républicain relèvera un défi idéologique, alors que le parti Démocrate devra penser au compromis politique. D’après le professeur Carmines, le parti fera face à une « crise existentielle ». En effet, bien que la campagne batte son plein, une question se pose :  que deviendra le parti républicain après les élections présidentielles ?

Depuis 2015, le parti républicain a assisté au déploiement du « trumpisme » dans son électorat, idéologie étant définie par les comportements télévisuels (mimiques), les paroles (le politiquement incorrect), et le divertissement que Donald Trump apporte à la politique américaine. Après l’élection et avec ou sans Trump, le parti Républicain doit être capable de rebondir politiquement face à cette idéologie. Carmines présente deux éventualités.

D’abord, l’engouement pour ce personnage atypique s’évaporera après les élections pour laisser place à la création d’un mouvement trumpiste dissocié du parti républicain. La deuxième possibilité qui s’offre au parti Républicain s’annonce plus dérangeante. En effet d’après Carmines, les supporters de Trump pourraient demeurer au sein du Parti républicain définitivement au lieu de « réorienter » le parti politiquement pour rebondir. Cette éventualité engendrerait un parti post-Trump et il est pour l’instant difficile d’en évaluer les conséquences.

De l’autre côté du paysage politique, et après les trois débats Trump-Clinton, madame Clinton se place en candidate favorite. Pour maximiser ses chances d’être élue, Hillary Clinton a formé une coalition avec Bernie Sanders, son ancien rival pour la présidence du parti Democrate.

Le défi auquel Madame fera face, si elle est élue présidente, est de respecter ses engagements et d’offrir une voix aux électeurs de Monsieur Sanders… tout en respectant son orientation politique. D’après le professeur Carmines, elle devra donc faire un grand compromis car cette coalition se traduit par l’offre de certains postes majeurs (notamment concernant la politique étrangère) au parti de monsieur Sanders.

Bernie Sanders et Hillary Clinton lors du débat pour l'élection du représentant du parti Démocrate, Philadelphie, juillet 2016. Source: CNN

Trump et les femmes

Une question grandit dans l’audience : comment Trump peut être au coude-à-coude avec Clinton avec des commentaires aussi dégradants sur les femmes ?

Les intervenants émettent l’hypothèse que les citoyens qui deviennent de plus en plus loyaux pour un parti au fil du temps se disent prêts à voter non pas pour Trump et sa personnalité, mais pour le parti qu’il représente. Quarante pourcent des américains voteront toujours pour le parti Républicain, quel que soit le candidat. S’ajoute à cela, une animosité forte contre le parti opposé, et celle-ci se révèle être si intense que les républicains modérés sont prêts à voter pour Trump.

Donald Trump entouré de candidates de la télé réalité américaine The Apprentice, octobre 2016. Source: New York Magazine

Le problème du bipartisme face à la diversité

La conférence se termine par une analyse pas des moindres. Les Etats-Unis sont un pays très diversifié aux niveaux démographique et idéologique. Malgré  cela, seuls deux grands partis (républicain et démocrate) s’affichent sur la scène politique sur le long terme.

C’est donc leur devoir de présenter des programmes politiques vastes afin que des américains de tous milieux et cultures puissent s’identifier à un des partis et voter pour celui-ci. Mais les professeurs expliquent sentir une polarisation des deux partis, et ces derniers ne représentent plus efficacement les citoyens américains.

Diversity in America (Source: Twins Opinion)

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