Le Triomphe de l'ignorance

Hanover College, Indiana le 19 novembre 2016.

Le lendemain de son élection, personne n’osait prononcer son nom. Telle une présence au-dessus de nos têtes, nous pensions à lui, nous parlions de lui. Mais il a fallu quelques jours pour oser prononcer le nom de celui qui, en janvier prochain, prendra les rênes du pays soi-disant le plus libéraliste. Laissez-vous embarquer dans la sombre histoire du triomphe de Donald Trump, la victoire de l’ignorance. Une histoire qui, pour vous amis français, est absurde car incomprise. Laissez-vous prendre par le conte d’une élection de l’horreur, d’une victoire apocalyptique, et du silencieux combat de la race blanche.

La majorité silencieuse a parlé. Elle a voté. Et elle a balayé la diversité.

Le réveil du 9 novembre 2016, au lendemain de l’annonce du vainqueur à l’élection présidentielle américaine, fut plutôt difficile. Le 9 novembre vous dit quelque chose ? C’est normal, c’est la date de la chute du mur de Berlin, en 1989. En 2016, aux US, on se lève en sachant qu’un nouveau mur sera construit à la frontière mexicaine. Quel délicieux sentiment !

Etudiante dans une université américaine, j’ai été témoin des visages tirés, des yeux gonflés, des larmes inépuisables, d’étudiants, inquiets de leur avenir en tant que femme, Black, gay, étranger, ou musulman. J’ai aussi assisté à des visages heureux de ce nouveau président, à des étudiants affichant fièrement le T-shirt de Trump qu’ils attendaient de porter avec l’impatience d’un enfant ouvrant ses cadeaux de Noël.

L’Indiana, mon état, a pour gouverneur Mike Pence, qui est aussi le nouveau vice-président des Etats-Unis. Alors croyez-moi, mon université est déchirée entre ouverture d’esprit et ignorance. Je n’ai pas eu la chance d’entendre les pétards lâchés sur le campus vers trois heures du matin, après l’annonce de la victoire de Trump, parce que je dormais. Mais croyez-moi encore, la majorité silencieuse a parlé. Elle a voté. Et elle a balayé la diversité. Et contrairement à ce que les médias laissent entendre, des gens intelligents ont aussi voté pour cet homme, et pour ses idées. Vous allez vite comprendre pourquoi.

Allo le monde ?

En France, vous riez, vous vous moquez des Etats-Unis. Oui, les médias ridiculisent Trump. Oui, on le prenait tous pour une mauvaise plaisanterie. Mes chers français, ce n’est plus l’heure de rire. L’heure n’est plus aux moqueries de ses cheveux jaunes, ou de sa façon de s’exprimer. Il est là, il a été élu démocratiquement, et maintenant nous devons le considérer comme président, et en tant que citoyens du monde, nous lui devons le respect. Nous les français, les plus vieux amis des américains, devrons coopérer avec lui sur des problématiques internationales complexes comme la Syrie… Mais il me semble que s’accorder avec l’ignorance ne mène qu’au néant. Allo le monde ?

Une Amérique traditionnelle qu’on ne voit plus, qu’on n’entend plus, mais qui s’est pourtant réveillée.

Mes chers français, ce 9 novembre, la belle Amérique a élu tout ce que vous ne voyez pas, tout ce que vous ne comprenez pas, et tout ce qui va à l’encontre de l’idée qu’on s’en fait. Savez-vous seulement pourquoi ? Comment Trump a pu être élu ? Vivant dans l’Amérique profonde, étudiant là où le nouveau vice-président Mike Pence fut diplômé, je veux vous montrer qu’aujourd’hui, une facette rarement parlée, ou légèrement évoquée, mais trop souvent incomprise et cachée vient de s’affirmer au monde entier. Une Amérique que vous ne soupçonnez pas. La victoire de Trump se cache partout dans les campagnes, dans les montagnes, dans les déserts, l’Amérique profonde… là où nous, français, n’allons jamais. Les villes côtières ne sont pas sujettes à cette trumpmania, parce qu’elles sont assoiffées de modernité. Mais enfouie au fond des terres dort une culture bien différente : une Amérique blanche, religieuse, conservatrice. Une Amérique traditionnelle qu’on ne voit plus, qu’on n’entend plus, mais qui s’est pourtant réveillée.

Trump a convaincu les peuples blancs que ses mensonges étaient bien plus sincères que ceux d’Hillary Clinton.

Les gens autour de moi, intelligents et ignorants, ont voté Trump, parce qu’il n’est pas un politicien. Les Américains ne supportent plus ces hommes et femmes politiques ayant ce qu’on appelle la « Washington D.C. experience, » expérience qui pour les citoyens, transpire le mensonge et la corruption. Ils ont donc offert le pouvoir à un « outsider, » un homme en dehors de la « bulle Washington DC. » En tant que célébrité, il ne fait pas partie de ces manipulateurs et criminels de politiciens, tels qu’Hillary Clinton. Il fait rire. Il est aimé ! Il est divertissant… En France, l’expérience politique joue un rôle important dans le choix de vote. Mais ici, tout est possible ! Alors puisque les politiciens sont incompétents, les américains offrent la Maison Blanche à une star de télé, un businessman milliardaire affirmant être comme eux, et utilisant les mêmes mots. Et oui, on ne le prenait pas au sérieux à cause de son langage simpliste. Et pourtant… C’est exactement pour cette raison qu’il a triomphé. Trump a su faire résonner la rage de certains Américains, et a convaincu les peuples blancs que ses mensonges étaient bien plus sincères que ceux d’Hillary Clinton. Bravo à lui.

Conclusion !

Alors voilà, il me semble que le sombre triomphe de Donald Trump, la victoire de l’ignorance, l’élection de l’horreur, se résume dans l’idée que Trump est tout, sauf un politicien. Comme nous, les américains se fascinent pour le monde la télé, de l’argent, et du divertissement. Trump en est le fruit. Sa victoire confirme le fantasme qu’en Amérique, tout est possible. Alors pourquoi ne pas l’aimer, lui aussi ?

 

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