J'ai rencontré le Ku Klux Klan

Le Ku Klux Klan, vous connaissez ? Oui, c’est bien le groupe extrémiste portant des masques pointus et blancs, et que vous avez certainement vu dans Django Unchained, Mississipi Burning, ou encore que vous avez étudié au lycée. Les croix brûlées et les lynchages au XXe siècle ? Oui, oui, c’est toujours eux. Effrayant, dangereux et violent, le KKK existe encore aux Etats-Unis malgré tout, et c’est au bord de l’Ohio River (Indiana) que je les ai rencontrés (photos ici).

Madison, le 24 septembre 2016. Ce matin, un groupe d’étudiants de la ville voisine se rend dans le centre-ville, non pas pour le festival annuel d’art qui rassemble 60,000 visiteurs pour une ville de moins de 1300 habitants, mais pour assister à une manifestation bien particulière. Le Ku Klux Klan tient à prévenir les jeunes des effets néfastes de la drogue. Ceci fut la raison officielle donnée au Madison Courier, le journal local.

Nous avons été prévenus : au moindre débordement, les quelques dizaines d’étudiants présents seront évacués. Mais la police locale, régionale ainsi que les autorités d’Indianapolis sont présentes pour veiller à la sécurité. Chargés de panneaux colorés aux messages de paix, de « Black lives matter » et à coup de chansons hippies, les étudiants d’Hanover College et les habitants du comté de Jefferson manifestent pacifiquement. Certains chantent, dansent et célèbrent le multiculturalisme, la diversité, la mondialisation…

et d’autres écoutent les membres du KKK avec la plus grande attention. Buvant leurs paroles, applaudissant et hurlant « Amen » après les nombreux « que Dieu bénisse l’Amérique » (God bless America) que le KKK rugissait au micro, 70 hommes et femmes sont attroupées autour des six membres présents. Quatre adolescents applaudissent le racisme et le nationalisme dont fait preuve le KKK. Ils veulent demander à l’un des membres une photo et laissent leur ami noir à l’écart. Les représentants du Ku Klux Klan portent des chemises blanches trop grandes pour eux. Des symboles ressemblant à des croix rouges, jaunes et noirs y sont cousus. Certains portent du noir, un autre est entièrement vêtu de la tenue qui a rendu le KKK connu outre Atlantique. Vêtements sombres, masque pointu noir, tête de mort et croix rouge cousues sur la poitrine, regard vide… Tout est mis en scène pour attirer curiosité, fascination et appareils photos.
 

Des étudiants manifestant contre le KKK. Voir aussi  l'album photo

Mais qui est le KKK ?

Avant d’aller plus loin et d’élaborer sur les idées du KKK, faisons tout de suite un point histoire.

Le KKK a été fondé en 1865, et se déclare comme une organisation chrétienne. En réalité, l’organisation est « suprématiste blanche » d’extrême droite, ou raciste, en particulier envers les africain-americains. Pour se faire entendre et respecter, le KKK a utilisé la violence (attentats, meurtres, viols, lynchage) tout a long de son existence contre tous ceux qui s’opposaient à leurs idées. Les africain-americains représentaient leurs principales victimes. Aujourd’hui, le KKK se contente d’interventions publiques à travers les Etats Unis. Le Southern Poverty Law Center (SPLC) compte actuellement entre 5000 et 8000 membres. Mais l’organisation a atteint son pic de popularité en 1925, avec 4 millions de membres. En d’autres termes, ce groupe était considéré comme le premier groupe terroriste aux Etats Unis.

 

Le Ku Klux Klan (Source: AP)

2016 : Que défend le Ku Klux Klan ?

En apparence, l’idéologie du Ku Klux Klan semble avoir évolué. En réalité, son positionnement s’annonce toujours aussi radical aux niveaux politique et sociétal. Famille, devoirs de citoyen, violence policière, immigration, drogue… Le KKK fait de « l’Autorité » avec un grand A une priorité pour atteindre prospérité familiale et nationale. En effet, l’organisation défend des valeurs telles que le respect des parents, des professeurs, et des policiers – accusant en passant les noirs de s’en prendre à ces derniers. Ce discours ne serait pas effrayant si le KKK n’avait évoqué le moyen de réinstaurer cette Autorité qui a disparu d’après lui : « Personne n’aime la violence. Mais souvenez-vous : vous retenez toujours mieux la leçon quand on vous l’apprend d’une façon brutale. » Ils continuent : « Parfois, la connaissance et les mots ne peuvent gagner, sauf si vous sortez les poings. » En résumé, l’Autorité, celle légitimée par la violence, est la solution qui fera revenir les Etats-Unis à ce que le pays était avant : « Nous vivons dans le chaos, battons-nous pour revenir en arrière, » hurle un des membres du KKK au microphone.

De même, l’idéologie du KKK se place toujours sous le signe du racisme, mais envers tous les étrangers cette fois ; les non-américains. Le discours entier, qui dura environ une heure et demie fait référence aux idées de Donald Trump, candidat républicain à la présidentielle américaine de 2016 : « Il n’est pas question de race ou blanche ou noire, il est question de défendre les couleurs rouge, blanche et bleue, » déclare l’un des représentants du KKK, faisant référence aux couleurs du drapeau américain. Les spectateurs applaudissent. « Il est temps de s’élever pour défendre l’Amérique ! » continue le représentant. « Amen ! » crie la foule. Et puis : « Je me fiche de votre race, battez-vous parce que vous êtes americains et montrez au gouvernement que tout est comme en 1776. » Le KKK fait en effet plusieurs fois référence à cette date, qui est l’année de d’indépendance des Etats Unis après sa colonisation par le Royaume Uni.

Plus tard, les représentants du KKK critiquent Hillary Clinton, la traitent de criminelle, et contestent vivement la politique d’immigration de monsieur Obama : « Nous n’allons tout de même pas laisser les immigrants passer nos frontières pour nous voler nos emplois et renvoyer l’argent au Mexique, » argumentent t’ils, concluant une fois encore qu’il est temps de se battre pour l’Amérique. L’objectif du KKK est clairement de revenir en arrière : « Let’s make America great again ! », crie l’un d’eux au microphone, cette phrase symbolisant la campagne présidentielle de monsieur Trump.

The invisible Empire : Effrayant ou pas ?

Outre l’incitation à la haine raciale, le Ku Klux Klan cherche à terrifier en s’annonçant comme « the invisible empire » (l’empire invisible) encore aujourd’hui. En effet, la tradition oblige les membres du KKK à porter un masque couvrant le visage entièrement afin de garder l’anonymat : « c’est la meilleure arme que nous avons car vous ne savez pas que vous êtes sans doute debout, près de l’un de nous, » prévient l’un d’eux. Invisible peut être. Terrifiant ? Pas tant que cela. Premièrement, les intervenants ne cherchent pas à effrayer les gens. Au contraire, le KKK s’attaque à des sujets qui concerne les citoyens comme la drogue, l’importance de voter, ou encore le chômage. Leur objectif est de se faire passer pour des citoyens normaux qui tentent, comme tout le monde, de s’en sortir. Eh oui, il faut bien dédiaboliser pour recruter. Deuxièmement, le discours tournait en boucle. Le KKK fonde toute son idéologie sur cette phrase : « stand up for America ! » (Littéralement : levez-vous pour l’Amérique). Cette phrase fut répétée au moins une quinzaine de fois durant tout l’intervention. Malheureusement, sa signification est très vague et a tendance à décrédibiliser le mouvement. Troisièmement, le manque de culture du KKK a éclaté au grand jour. L’un des membres a en effet affirmé que l’islam était une race. L’ignorance donc a fait preuve le KKK sur le sujet est grave, et délégétimise le groupe encore plus auprès des étudiants qui ont ri de cette erreur. En bref, le degré de terreur que sème l’empire invisible est encore à déterminer. 

La tenue du KKK. Voir aussi l'album photo

Des réactions ?

Caroline Beck, étudiante américaine à Hanover College déclare : "Dans l’ensemble, j’ai trouve que la manifestation s’est bien passée. Hanover College et le comté de Jefferson ont montré à quel point ils sont unis. Les messages d’amour et de paix ont gagné contre la haine que le KKK a tenté de promouvoir. Les étudiants d’Hanover ne se sont pas tus, et ils ont prouvé que leurs messages d’amour et d’unité sont plus forts que la violence."

"Je suis heureuse d’avoir vécu cette expérience, déclare Pilar Munoz Gamarra, une étudiante espagnole en échange ce semestre, mais je m’inquiète de l’existence du KKK. C’est un groupe radical qui tente d’aider les gens en cachant leur vrai visage et en se déclarant être un empire invisible, ce qui, je le croyais, était une blague, mais ce n’était pas le moment de rire. Je suis choquée que ce genre de groupe puisse encore être actif en 2016, c’était presque un cauchemar, sauf que j’étais réveillée. Aujourd’hui, la seule façon de détruire la haine est l’amour, la paix, et Dieu s’occupera de juger le KKK. "

Album photo de ma rencontre avec le KKK ici

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